Quel est le meilleur Linux pour jouer?

Lors de ma veille, c'est une question que je vois souvent apparaître. Sur les forums et les réseaux sociaux, il n'est pas si rare de voir quelqu'un s'intéresser à Linux - pour y passer définitivement ou non - et ne pas savoir comment choisir son système d'exploitation. Dans le milieu du gaming, cette question fait d'autant plus sens que certaines distributions sont bien mal équipées pour le jeu.

Au cours de cet article, je vais donc tenter de vous proposer quelques
options pour débutants, mais aussi pour les utilisateurs un peu plus
avancés.

J'ai évalué les critères suivants pour chaque projet mentionné ici: la
présence de documentation, la langue de la documentation, la fréquence
des mises à jour, les versions des bibliothèques, le support de
plateformes de vente de jeux comme gog.com ou Steam, la stabilité
générale (est-ce que l'OS démarre encore après les mises à jour
importantes?) et la facilité d'installation.

Les bureaux par défaut ne sont pas pris en compte, puisqu'il est
extrêmement facile d'en changer et de retrouver la même interface sur
toutes les distributions civilisées.

J'espère que vous trouverez votre bonheur ici, mais gardez bien à
l'esprit que le choix d'un système d'exploitation est très personnel:
si certaines utilisations sont suffisament banales pour être
adaptables à absolument tout les environnements, il est des cas dans
lesquels vous devrez peut-être essayer plusieurs distributions GNU/Linux
avant de vous arrêter sur une préférence.

Les dérivés de Debian

debian
Debian est sans nul doute une des distributions Linux les plus
répandues, toutes plateformes confondues. Elle supporte bon nombre
d'architectures de processeur et est la base de nombreux autres projets
comme ceux dont je fais mention ci-bas. Si il est possible d'utiliser
directement Debian pour jouer, je ne saurais le recommander à un
novice car l'installation ne sera pas forcément plug-and-play: Debian
demande a ce que tous les programmes par défaut soient libres, ainsi
si votre carte réseau requiert un pilote propriétaire, vous devrez trouver
celui-ci vous-même et l'ajouter manuellement sur le support
d'installation (clé USB, CD si vous êtes vieux…). Celà ne concerne pas les périphériques qui ne sont pas nécessaires à la mise en place de l'OS comme les cartes graphiques et les cartes audio, dont les drivers propriétaires s'optiennent via un dépôt optionnel: «nonfree».

En revanche, une fois installé, avec un environnement de Bureau
configuré, Debian vous promet de fonctionner comme un charme pendant
de nombreuses années. C'est en partie du au fait que les logiciels des
dépôts Debian sont bloqués à une version stable, et ne reçoivent que
les mises à jour de sécurité. Cela signifie aussi que vous ne
disposerez pas des toutes dernières versions de vos logiciels. Il en
va de même pour les pilotes graphiques, attention donc.

Les autres systèmes dont il est question dans cette section
corrigeront parfois partiellement ces problèmes.

La documentation de Debian se trouve ici et le guide d'installation
(les deux liens sont en Français).

Ubuntu

ubuntu-logo14

Dérivé de Debian, Ubuntu est souvent conseillé aux plus
novices. Facile d'installation, bénéficiant du support officiel de
Steam et GOG.com, votre seul vrai problème en vous lançant avec Ubuntu
peut être que, comme sous Debian, vous risquez d'attendre assez
longtemps les dernières mises à jour de vos logiciels favoris.

Notez toutefois que ce n'est absolument pas un souci si vous n'avez
pas d'utilisation avancée de votre ordinateur (programmation avec un
langage récent, montage avec une version précise de KDEnlive qui
marche
…).

Mon expérience personnelle m'a montré que l'application des mises à
jour est parfois quelque peu capricieuse.

Un logiciel présent dans la barre des tâches vous avertit des
nouvelles versions et permet de les installer automatiquement ou non.

Documentation et guide d'installation officiels ici, version communautaire Française .

Linux Mint

linuxmint-1
Linux mint est également simple d'installation, et assez proche
d'Ubuntu dans son fonctionnement. Le projet est sérieux, le système
extrêmement stable et les dépôts disposent d'un bon suivi. En
revanche, comme beaucoup de systèmes adaptés aux peronnes moins
habituées à l'univers GNU/Linux, il ne résistera pas forcément à
beaucoup de bidouille de votre part.

À l'instar d'Ubuntu, un logiciel graphique vous permet d'effectuer des
mises à jour et vous préviendra si vous avez du retard sur celles-ci.

Guide d'installation détaillé ici. Pas de documentation centralisée, les informations se trouvent sur les forums.

SteamOS

SteamOS_Logo
Je passe rapidement sur SteamOS, qui ne vous conviendra réellement que
si vous montez une console de salon «faite maison». Celui-ci demande
200 Gio d'espace disque au minimum, l'installeur automatique ne tolère
pas le dual boot (sans bidouille, c'est prévu pour que ce soit le seul
système présent sur votre machine), et vous êtes complètement
dépendant de Valve pour le suivi et les mises à jour.

Réel avantage: on s'occupe de vous, c'est prévu pour fonctionner comme
une console, et ça lance le mode «big picture» de Steam par défaut. Le
travail est fait à votre place, vous n'êtes pas sensé vous préoccuper
du système. Même les mises à jour se font toutes seules.

Il s'agit vraiment de jouer dans votre salon, sur votre téléviseur,
préférablement avec une manette.

Guide d'installation ici.

Les dérivés d'ArchLinux

archlinux-logo-dark
ArchLinux, c'est mon favori personnel. L'installation se fait
entièrement manuellement, ce qui est un énorme point négatif pour qui
en est à son coup d'essai, bien que la procédure soit plutôt
correctement balisée par les wikis Anglais et Français.

Le wiki Anglais d'ailleurs, vous en entendrez souvent parler. C'est
une des meilleurs ressources pour se documenter sur des logiciels ou
des procédures, il est tellement fourni que vous pourriez parfois vous
en servir même si vous ne possédez pas d'ArchLinux en appliquant les
guides qu'il contient, par exemple, à Linux Mint.

La philosophie du projet est que tout doit être extrêmement
épuré. Toutes les opérations signifiantes du système une fois installé
doivent être décidées par l'utilisateur (programmes lancés au
démarrage de la machine…). C'est réellement vous qui êtes aux
commandes, et utiliser Arch pendant longtemps vous permet de
réellement maîtriser ce qui se passe sur votre machine. Contrairement
à toutes les autres options de cette liste, vous n'aurez pas le choix
d'utiliser un terminal, il n'y a pas d'interfaces graphiques par
défaut pour les opérations courantes.

Notez que cela veut aussi dire que vous pouvez tout casser. Par
ailleurs, les mises à jour sont très rapides: les logiciels proposés
sont presque toujours à leur dernière version, et des procédures
semi-automatiques sont en place pour installer tout ce qui n'est plus (ou
pas encore) supporté officiellement, via l'AUR (pour Arch User
Repository). Ce qui veut également dire que vous pouvez installer une
mise à jour qui casse votre système (il faut lire les actualités sur
le site officiel) ou forcer une installation qui écrase des fichiers
(pour ce dernier point, il faut vraiment le vouloir).

ArchLinux, c'est beaucoup − trop, pour certain·e·s − de choix. Votre
bureau, vos logiciels, comment et quand ils doivent se lancer.

Si vous avez envie de tenter cette expérience, mais que vous ne pouvez
et/ou voulez pas passer par une période d'apprentissage aussi intense,
il existe des distributions basées sur Arch fournies avec tout ce
qu'il faut pour faciliter l'installation et la maintenance
(gestionnaire de mises à jour graphique, installeur graphique, tout
l'attirail des solutions évoquées dans la partie précédente).

Manjaro

manjaro
Tentative comme une autre de rendre Arch abordable pour les moins
experts d'entre nous, Manjaro propose une expérience facilitée
d'installation et d'utilisation.

Steam est pré-installé sur certaines éditions, et la documentation est
disponible en Français. Mêmes avantages que pour le reste de sa
catégorie, mais un inconvénient persiste: sous Manjaro, il arrivera
que les mises à jour soient un peu faites à la zob et que votre
système ne démarre plus suite à une installation.

Un problème d'autant plus gênant − selon moi − que cette distribution a
ses propres dépôts de logiciels, et qu'il serait donc théoriquement
possible aux auteurs du projet de faire du filtrage en amont pour
éviter ça.

Documentation partiellement traduite ici, guide d'installation .

Antergos

antergos-logo
Plus proche de la philosophie originale de cette famille de
distributions, Antergos vise surtout à rendre facile l'installation
d'un système ArchLinux. Une fois la mise en place terminée, vous aurez
un OS qui utilisera les dépôts officiels d'Arch, avec quelques
bonus que je trouve excellents pour les petits nouveaux: un gestionnaire
graphique pour les mises à jour et l'installation de logiciels, et un
pop-up contenant les dernières actualités qui apparaît sur votre bureau
pour vous éviter la terrible réalisation que vous auriez du attendre
un peu avant de cliquer sur «Update».

Cette affirmation est complètement subjective, mais Antergos me donne
l'impression d'être la meilleure solution pour avoir un ordinateur de
bureau sous ArchLinux sans faire toute la mise en place manuellement.

Documentation ici et guide d'installation (traduction Française extrêmement partielle).

Mentions honorables

elementary_screen

J'ai volontairement omis de parler d'elementaryOS, puisque le bureau par défaut ne me semble pas être un critère pertinent pour choisir son système d'exploitation, surtout quand ce dernier permet de changer complètement d'interface avec aisance. En revanche, allez jeter un œil, c'est une base Ubuntu avec un écosystème logiciel cohérent et une attention particulière apportée au design des interfaces graphiques, à la MacOS.

J'aurais également pu parler de Solus OS, que j'ai suivi à ses débuts, et qui facilite le gaming via Steam tout en proposant une expérience utilisateur qui pourrait vaguement vous évoquer ChromeOS. Malheureusement, le projet est assez récent, et je ne le connais pas suffisamment pour me permettre de donner un avis.

Enfin, je tiens à mentionner Fedora, de la famille RHEL, qui est viable pour jouer mais requiert pour celà l'installation d'un certain nombre de dépôts tiers. C'est une opération que je n'ose pas recommander.

Conclusion

Ce que je souhaitais montrer avec cet article, c'est que vous avez
énormément d'options pour choisir un système GNU/Linux qui ne sera pas dans vos pattes au moment de jouer à des jeux vidéo. Le principal, c'est d'en trouver un qui vous est confortable, et ceux que j'ai cité dans cet
article constituent de bons points de départ.

Vous ne serez pas sûrs de vous avant d'avoir expérimenté, mais avec
ces informations en main, vous ne pouvez pas vous rater. Amusez vous
bien, et j'espère vous croiser sur le multi d'un jeu à l'occasion !

Annexe

-Précisions apportées le 4/1/2018 au sujet de l'installation de Debian, merci à @devnull@mamot.fr