Dans le Humble Monthly de Novembre 2018 figurait Hard Reset: Redux, un joli petit paquet contenant le Hard Reset original, tel qu'il est sorti en 2011, et un remake HD.

On m'en avait vanté les mérites comme un bon représentant du genre cyberpunk et un shooter de qualité, et il me démangeait de tenter un nouveau jeu précédemment inaccessible sous GNU/Linux à l'aide de Proton (notre sujet du jour étant bien noté sur ProtonDB

J'ai rapidement déchanté.

Pas le temps de t'expliquer!

Après une brève cinématique d'introduction, vous serez placé aux commandes d'un personnage dont je ne me souviens du nom qu'avec peine (je l'ai d'ailleurs oublié à l'écriture de ces lignes), et qui vous est présenté comme un mercenaire générique, qui travaille pour une corporation générique qui fabrique des robots tueurs génériques.

Votre travail dans cet univers est simple: parfois les robots se rebiffent et attaquent des citoyens de la belle Bezoar City, on vous envoie et vous cassez les robots.

Pas le temps de faire plus, pas le temps de faire mieux, on enchaîne directement sur le gameplay.

Le FPS à la mode d'antan

Ceux qui ont joué à Painkiller comprendront rapidement de quel genre je parle ici.

Une fois lâché en jeu, on évolue dans des niveaux couloirs où apparaîssent régulièrement des groupes d'ennemis. Nos objectifs sont simples: aller d'un point A à un point B, appuyer sur un bouton, refaire la route dans le sens inverse, affronter les robots fades qui sont apparus entre temps, terminer.

Le tir n'est pas foncièrement désagréable, et les ennemis offrent suffisament de résistance pour que vous soyez mis à mal régulièrement.

«Agrougrou, je suis un robot tueur avec une SCIE CIRCULAIRE!»

Notre armoire à glace de personnage est équipée de deux armes: un fusil d'assaut à la modélisation curieuse et un fusil à plasma. Ce sont vos seules armes pour toute la durée du jeu, mais il vous est possible de les améliorer via un joli menu en jeu pour avoir accès à d'autres projectiles et modes de tir (le fusil d'assaut par exemple pourra se convertir en fusil à pompe ou en lance grenades).

Il s'agit là de mécaniques somme toute plutôt banales, déjà vues dans de nombreux titres sortis bien avant 2011, mais un gameplay n'a pas nécessairement besoin d'être original pour être bon.

Ce qui nuit énormément à l'intérêt de Hard Reset, c'est sa répétitivité. On parcourt un niveau, on bute les moches, écran de fin qui détaille notre nombre de dégats et les secrets découverts dans cette partie, cinématique, et on recommence.

Or, je trouve dommage de reprendre les codes des shooters des années 90 à début 2000 de façon aussi spartiate. Étant donné de la relative beauté des décors du jeu, il me semble qu'il échappe difficilement à la comparaison avec, par exemple, Bioshock, sorti deux ans auparavant et dont la narration est bien meilleure.

Ce dernier nous présentait une ville sous-marine grandiose en pleine perdition, arpentée par des ennemis à peine plus variés, mais avec une intrigue mieux écrite, intégrée dans le gameplay, et sans transitions cinématiques aux allures de cache-misère. On y découvrait de nouveaux pouvoirs et de nouvelles armes tout au long de l'histoire, et l'amélioration de celles-ci était satisfaisante et montrait un certain effort de design.

Une autre comparaison, peut-être plus honnête et pertinente, serait Painkiller, dont j'ai parlé plus haut. Sorti en 2004, celui-ci prenait exactement la même structure «cinématique -> niveau couloir -> cinématique» mais offrait des environnements variés, des ennemis qui le sont tout autant, plusieurs boss absolument gigantesques, et une bande son entraînante qui permettait de réellement s'abandonner à la violence en profitant de sensations grisantes. Son scénario était tout aussi ridicule, mais il s'assumait avec force, là où l'on nous sert ici une histoire des plus cliché mais qui se présente avec un style visuel artbook et des semblants de partis pris qui tombent à l'eau tant les dialogues sont mal écrits et les retournements de situation évidents.

Pour être clair, mon reproche principal n'est pas que les gens de Flying Wild Hog (pourtant responsables par la suite du sympathique Shadow Warrior de 2013) aient fait pareil que les autres, mais qu'ils l'aient mal fait.

Et puisqu'on dérive autant sur l'univers et le lore, faisons les choses proprement et passons dans une section appropriée.

J'ai un cyber-serpent dans ma cyber-botte

Bien que le mot cyberpunk apparaîsse à de nombreux endroits dans la communication commerciale du jeu, ne vous attendez pas ici à entendre parler des dérives de l'ultralibéralisme ou encore de l'individualité à un âge ou le corps est réduit à l'état de variable.

Le terme n'est utilisé que pour décrire le vernis visuel appliqué sur les niveaux. Le thème, très cher à mon cœur, n'est absolument pas exploité. Un twist honteusement prévisible se produira au bout du troisième niveau: vous y apprendrez que la corporation qui vous engage comme mercenaire pour détruire ses expériences de robots tueurs ratées est en fait… PAS GENTILLE.

Et vous allez devoir sauver la ville, parce que seul vous pouvez le faire, vous êtes l'élu, spécifiquement modifié pour cette tâche.

Concrètement, remplacer la corporation par une entreprise d'armement chimique quelconque et les robots assassins génériques par des zombies ne changerait pas le jeu. Le genre cyberpunk évoque des problématiques philosophiques précises avec lesquelles Hard Reset ne s'embarasse jamais.

Il faut le dire, les artistes qui ont travaillé sur les décors sont talentueux, mais sans direction à proprement parler, on se retrouve dans des environnements à l'esthétique certes tout à fait plaisante, mais néanmoins vides de sens, si bien que l'impression qu'on a rajouté le préfixe «cyber» à tout ce qui constitue le paysage d'une ville contemporaine.

On pourrait même penser que l'histoire est volontairement bâclée, remplie d'autodérision autant que de clichés d'écriture au profit d'un aspect défouloir bien plus important pour appréhender l'œuvre, et c'est peut-être le cas. Mais pourquoi alors avoir fait semblant? Pourquoi réaliser des planches, pourquoi ne pas avoir revendiqué la piètre qualité du scénario, qui continue tout au long du déroulement de l'histoire à donner la terrible impression qu'il se prend au sérieux?

N'est pas DOOM qui veut, mais faire semblant d'essayer serait fort urbain.

Jouez à Painkiller

Si vous avez lu jusqu'ici et êtes en quête d'un shooter bourrin et pas très intelligent au gameplay nerveux et défoulant, jouez au remake de Painkiller, il est natif GNU/Linux. Si vous voulez beaucoup de spectacle et du AAA récent, jouez au dernier DOOM.

Pour le cyberpunk, c'est un peu plus compliqué, mais Shadowrun returns vous permettra sûrement de patienter jusqu'à la sortie du prochain CD Projekt

Tant de jeux qui réussissent séparément ce que Flying Wild Hog ne savait pas, en 2011, faire en une seule fois.