Peu s'attendaient à voir le catalogue de jeux Steam compatibles avec GNU/Linux augmenter aussi brusquement en l'espace de seulement quelques jours.

Alors que le retour des Steam Machines sur le devant de la scène n'était encore qu'une rumeur la semaine dernière, il est maintenant bien plus plausible suite à l'annonce par Valve de Proton, une technologie intégrée au client Steam facilitant l'utilisation de jeux à l'origine incompatibles avec notre système d'exploitation favori.

Il vous suffira dorénavant de cliquer sur un bouton pour lancer des jeux Windows.

DOOM 2016 est d'ores et déjà compatible

Comment ça marche

Proton n'a rien de révolutionnaire en soi: il s'agit d'une intégration de WINE, le logiciel libre et open-source permettant l'exécution de logiciels Windows sous OSX et Linux.

Celle-ci comprend évidemment quelques ajustements visant à améliorer les performances des jeux, notamment:

  • Utilisation de DXVK, bibliothèque permettant de traduire les commandes DirectX 11 en commandes Vulkan
  • Application des patches améliorant le multithreading
  • Support de SteamVR

Vous l'aurez peut-être deviné, si un nombre grandissant de jeux sera compatible au premier clic, il ne se passe rien de magique sous le capot: certains titres resteront inaccessibles pour le moment. L'annonce officielle de Valve contient une liste blanche de jeux fonctionnels à 100% et la communauté reddit linux_gaming maintient sa propre version comprenant des informations plus détaillées sur les tests des utilisateurs.

Proton restant compatible avec WINE, certains hacks permettant d'améliorer la compatibilité des jeux sont donc encore fonctionnels, au prix d'un peu d'huile de coude.

Qu'est-ce qui a changé, alors?

Comme je le précisais plus haut, l'utilisation de Wine et DXVK pour jouer à des jeux incompatibles avec Linux n'est pas nouvelle.

Depuis quelques mois, il n'était pas rare de voir apparaître sur YouTube des vidéos de gameplay comme celle-ci (en Anglais).

Cependant, la mise en place logicielle nécessaire pour obtenir ce résultat demandait une certaine expertise, ce qui a eu pour effet de rebuter les utilisateurs.

La réelle nouveauté de Proton réside donc dans sa grande accessibilité. Il suffit de lancer les jeux précédemment incompatibles depuis la bibliothèque Steam, exactement de la même façon qu'un jeu natif. L'expérience est en tout point transparente.

Il faut savoir qu'encore aujourd'hui, une des raisons évoquées par les joueurs pour ne pas migrer à Linux malgré leur mécontentement à l'égard des autres systèmes d'exploitation reste le catalogue de jeux disponible, moins étoffé que celui de Windows.

C'est également la cause du succès pour le moins confidentiel des Steam Machines: le souhait de l'utilisateur final est de payer pour une expérience complète, que nous autres nerds prenont habituellement plaisir à construire nous-même afin qu'elle soit la plus personnalisée possible.

Mais cette facilité d'utilisation pourrait avoir un effet pervers.

Quelles sont les implications?

Mon opinion, maintenant. Vous me connaissez peut-être pour mes positions défavorables à l'égard des logiciels comme Steam qui se construisent autour du DRM.

Si c'est le cas, vous ne serez pas étonné par le fait que malgré mon excitation à l'annonce de ce qui est essentiellement un nouveau SteamPlay, je me montre préoccupé par le futur qui s'annonce.

Oui, un confort d'utilisation proche des plateformes privatrices est possiblement un facteur important pour pousser l'adoption de GNU/Linux dans les salons et bureaux des particuliers.

Oui, il me tarde de retrouver le plaisir d'avoir accès à une grande bibliothèque de jeux.

Pour autant, je ne suis pas sûr d'être heureux que ce mouvement soit porté par une entreprise comme Valve. Si leurs développements récents les ont poussés à contribuer à l'écosystème libre et open-source, ils restent les leaders mondiaux du jeu sous DRM.

Certes, toutes ces nouvelles vont pousser les développeurs à utiliser Vulkan dans leurs jeux en lieu et place de DirectX, mais celà ne fera t-il pas reculer les développements natifs?

Les studios se voyant promettre le support GNU/Linux à moindre frais publieront t-ils des versions natives sur GOG.com, qui ne supporte pas (encore?) cette technologie?

Est-ce que ce qui est en train de se passer sous nos yeux ne va pas encourager les acteurs du domaine à concentrer leurs efforts sur Steam?

Comme toute industrie, celle du jeu vidéo ira où l'argent se trouve, et l'expérience m'a appris que cette vision ne laisse que peu de place à l'idéologie.


Pour essayer Proton, rendez-vous dès maintenant sur l'annonce de Valve (en Français)

Envie de jetter un œil au code source? Proton est sur github!

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